- Culture web
- Le tout premier site web
Le tout premier site web tient sur une page.
Le premier site web de l'histoire est toujours en ligne. Il n'a ni image ni couleur et il tient sur une seule page. Je crois que c'est la meilleure landing que vous verrez cette année.
« Vague, mais excitant »
Mars 1989, au CERN, à Genève. Tim Berners-Lee, un informaticien britannique de 33 ans, remet à son chef une proposition de quelques pages, « Information Management: a Proposal ». Son problème est très terre à terre : des milliers de chercheurs travaillent avec le CERN, chacun sur son ordinateur avec ses propres fichiers. Résultat, personne ne retrouve rien. Si vous avez déjà cherché la dernière version d'un travail de groupe dans un Teams partagé, vous voyez l'ambiance.
Son idée : relier les documents entre eux par des liens, quel que soit l'ordinateur où ils se trouvent. Son chef, Mike Sendall, écrit en haut de la première page : « Vague but exciting… ». Vague mais excitant. Il le laisse continuer. Franchement, je rêverais de pouvoir mettre ce commentaire sur certaines copies.
Un ordinateur qu'il ne fallait surtout pas éteindre
Fin 1990, tout tourne : le premier serveur web, le premier navigateur et le premier site, sur l'ordinateur de bureau de Tim Berners-Lee, une machine NeXT. Pour éviter qu'un collègue zélé coupe tout en partant le soir, il colle une étiquette sur le boîtier.
« This machine is a server. DO NOT POWER IT DOWN!! »
L'étiquette collée par Tim Berners-Lee sur son NeXT
Cette machine est un serveur. NE PAS L'ÉTEINDRE !!
Pendant quelques mois, le web entier tient donc dans une boîte noire posée sur un bureau, à la merci d'un coup de pied dans la prise.
Le 6 août 1991, Tim Berners-Lee présente le projet sur un forum consacré à l'hypertexte. N'importe qui peut maintenant consulter la page. C'est souvent cette date qu'on retient comme la naissance publique du web.
Une page qui parle d'elle-même
À quoi ressemblait ce premier site ? Du texte noir sur fond blanc, des liens soulignés et c'est tout. Et son sujet, c'était… le web lui-même : ce que c'est, comment consulter les documents des autres, comment installer son propre serveur.
La page d'origine a disparu, mais le CERN l'a reconstituée en 2013 à son adresse historique : info.cern.ch. Allez-y, vraiment. Elle se lit en deux minutes et on comprend tout de suite de quoi il s'agit. Ce qui, entre nous, n'est pas le cas de beaucoup de sites en 2026.
Le cadeau du 30 avril 1993
Le CERN aurait pu breveter le web, le vendre ou faire payer chaque connexion. Le 30 avril 1993, il fait le choix inverse et verse le logiciel dans le domaine public : tout le monde peut l'utiliser, le copier et le modifier sans rien demander à personne.
Grâce à ce choix, le monde adopte un standard ouvert, commun à tous, plutôt qu'une poignée de systèmes concurrents incompatibles entre eux. Dans les années qui suivent, le nombre de sites explose. Aujourd'hui encore, quand vous publiez une page avec WordPress et Divi, vous utilisez la même base : du HTML, des liens, un serveur et un navigateur.
Le test des deux minutes
Relisez la description du premier site : une seule page, un seul sujet, une explication claire et des liens pour aller plus loin. On n'est pas loin de la définition d'une bonne landing.
Alors faites le test. Montrez votre landing pendant deux minutes à quelqu'un qui ne connaît pas votre campagne, puis demandez-lui ce qu'elle propose et ce qu'on peut y faire. S'il hésite, ce n'est pas un problème de design : c'est le message qu'il faut retravailler.
Et si vous trouvez votre page trop sobre, souvenez-vous que la toute première n'avait pas une seule image. Elle a quand même convaincu la planète.
Sources
- CERN, The birth of the web : home.cern
- CERN, Web@30, chronologie du web : web30.web.cern.ch
- CERN, Twenty years of a free, open web (2013) : home.cern
- Le premier site, restauré : info.cern.ch
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